Imagination débordante

Commentaire de texte. À rebours. Huysmans

Diciembre 1, 2008 · Dejar un comentario

“CHAPITRE V.

En même temps que s’appointait son désir de se soustraire à une

haïssable époque d’indignes muflements, le besoin de ne plus voir de

tableaux représentant l’effigie humaine tâchant à Paris entre quatre

murs, ou errant en quête d’argent par les rues, était devenu pour lui

plus despotique.

Après s’être désintéressé de l’existence contemporaine, il avait

résolu de ne pas introduire dans sa cellule des larves de répugnances

ou de regrets, aussi, avait-il voulu une peinture subtile, exquise,

baignant dans un rêve ancien, dans une corruption antique, loin de nos

moeurs, loin de nos jours.

Il avait voulu, pour la délectation de son esprit et la joie de ses

yeux, quelques oeuvres suggestives le jetant dans un monde inconnu,

lui dévoilant les traces de nouvelles conjectures, lui ébranlant le

système nerveux par d’érudites hystéries, par des cauchemars

compliqués, par des visions nonchalantes et atroces.

Entre tous, un artiste existait dont le talent le ravissait en de

longs transports, Gustave Moreau.

Il avait acquis ses deux chefs-d’œuvre et, pendant des nuits, il

rêvait devant l’un deux, le tableau de la Salomé ainsi conçu:

Un trône se dressait, pareil au maître-autel d’une cathédrale, sous

d’innombrables voûtes jaillissant de colonnes trapues ainsi que des

piliers romans, émaillées de briques polychromes, serties de

mosaïques, incrustées de lapis et de sardoines, dans un palais

semblable à une basilique d’une architecture tout à la fois musulmane

et byzantine.

Au centre du tabernacle surmontant l’autel précédé de marches en forme

de demi-vasques, le Tétrarque Hérode était assis, coiffé d’une tiare,

les jambes rapprochées, les mains sur les genoux.

La figure était jaune, parcheminée, annelée de rides, décimée par

l’âge; sa longue barbe flottait comme un nuage blanc sur les étoiles

en pierreries qui constellaient la robe d’orfroi plaquée sur sa

poitrine.

Autour de cette statue, immobile, figée dans une pose hiératique de

dieu hindou, des parfums brûlaient, dégorgeant des nuées de vapeurs

que trouaient, de même que des yeux phosphorés de bêtes, les feux des

pierres enchâssées dans les parois du trône; puis la vapeur montait,

se déroulait sous les arcades où la fumée bleue se mêlait à la poudre

d’or des grands rayons de jour, tombés des dômes.

Dans l’odeur perverse des parfums, dans l’atmosphère surchauffée de

cette église, Salomé, le bras gauche étendu, en un geste de

commandement, le bras droit replié, tenant à la hauteur du visage un

grand lotus, s’avance lentement sur les pointes, aux accords d’une

guitare dont une femme accroupie pince les cordes.

La face recueillie, solennelle, presque auguste, elle commence la

lubrique danse qui doit réveiller les sens assoupis du vieil Hérode;

ses seins ondulent et, au frottement de ses colliers qui

tourbillonnent, leurs bouts se dressent; sur la moiteur de sa peau les

diamants, attachés, scintillent; ses bracelets, ses ceintures, ses

bagues, crachent des étincelles; sur sa robe triomphale, couturée de

perles, ramagée d’argent, lamée d’or, la cuirasse des orfèvreries dont

chaque maille est une pierre, entre en combustion, croise des

serpenteaux de feu, grouille sur la chair mate, sur la peau rose thé,

ainsi que des insectes splendides aux élytres éblouissants, marbrés de

carmin, ponctués de jaune aurore, diaprés de bleu d’acier, tigrés de

vert paon.”

Gustave Moreau. Salomé. Fuente wikipedia

Gustave Moreau. Salomé. Fuente wikipedia

→ Opposition très nette au réalisme.

→ Bible du décandentisme.

→ Texte d’inscription pictorial. Huysmans introduit une inscription sur un peintre (Moreau) et un tableau (Salomé). Peinture qui fonctionne à l’intérieur d’une diégese (une fiction).

→ Des Esseintes est installé dans la maison, il va parler de l’Apparition et la Danse de Salomé. La tête ressuscite et on voit une Salomé (sorprendida, aterrada…) le tableau joue un rôle essentielle dans la diégese parce que représente très bien l’esthétique du décadent.

→ 1er paragraphe: portrait du décadent. C’est presque un manifeste contre le naturalisme zolien, contre la peinture réaliste. Le Duc des Esseintes déteste la réalité.

→ « Désintéressée… » il est désintéresse de la réalité, de la société. Il avait voulu une peinture. Isotopie de mots pour refuser la réalité. Il veut une réalité très différent. Il va choisir une peinture qui fait sentir.

→ Il cherche un art pour échapper de la réalité dans laquelle il habite, et pour se livrer des névroses de son système nerveux. C’est à travers la peinture que des Esseintes arrive à pénétrer un autre monde. D’autres poètes arrivent à un autre monde (l’hallucination) à travers les drogues. Mais il y arrive grâce à la peinture.

Temps verbal: imparfait. Discours narratorial → récit . Il y a un passage de l’imparfait au présent « Elle commence la lubrique danse… ». Il arrive un moment où Salomé sors du tableau et commence à danser. C’est Esseintes qui voit Salomé danser (hallucination). Des Esseintes commence par les drogues, il a des problèmes de santé, alors il va chercher un substitut pour les drogues: la peinture.

→ Grâce à l’art des Esseintes peut fuir ce monde qu’il déteste. C’est l’art de G. Moreau peintre symboliste. Inspiration de la peinture dans le mythe et son fonction. Le mythe est atemporelle, universel, pas une réalité quotidienne.

→ Salomé était la fille de Hérodias, elle quitte son mari et finisse par être avec Hérode et Jean- Baptiste dénonce cela. Hérodias est fâché… alors y a une fête, la fête d’anniversaire d’Hérode et ses parents vont avoir une idée sur un plan. Hérode fera danser à Salomé que lui demandera qu’est-ce qu’elle veut. Alors elle doit le demander la tête de Jean- Baptiste.

→ La Salomé de Huysmans est une représentation du mythe de la femme fatale.

Il s’agit d’un discours descriptif: Hérode, l’atmosphère dans laquelle se déroule l’action du texte, la danse de Salomé (femme assassine, « bête monstrueuse ») qui provoque la mort de Jean- Baptiste.

Espace: « un trône se dressait …» il s’agit d’une basilique byzantine, un espace oriental. Les romantiques s0′intéressaient à l’Orient. Refusant la réalité contemporaine se refugent dans une autre réalité exotique: l’Orient. On va vers un espace lointain, un espace exotique, oriental qui peut nous rappeler Flaubert.

Atmosphère particulière: « Au centre du Tabernacle… » le Tétrarque est présenté comme sublime, « langue barbe… » image sublime, religieux. On a l’impression à partir de la description de Huysmans qu’il est meurt, parce qu’il a le visage jaune. Il est vieux, il s¡’agit de la mort symbolique parce qu’il dit « qu’elle est capable d’éveiller les sens assoupis du vieil Hérode ». Elle est capable d’éveiller les sens assoupis d’un homme vieux, presque mort.

L’encens: vapeur, parfum: c’est oriental. Créer tout un univers de sensations. Dans cette case, de sensations olfactives. C’est une atmosphère irréel, parce que Des Esseintes arrive à l’hallucination. La décadence joue beaucoup avec la théorie baudelerien de correspondances: le parfum, la fumée. Pendant la fumée… Salomé sors de la peinture.

→ Description de Salomé.

→ Importance des bijoux.

Vocabulaire très coloriste: « colliers, diamants, … » il fait une transposition, il décrit un tableau dans son récit et il utilise un vocabulaire typiquement pictorial. Ce n’est pas un vocabulaire réel, parce qu’il a vu le tableau mais il fait cette description à partir d’une reproduction en blanc et noir ». Il introduit un intertexte, la Bible « au jour du festin… ».

Discours de jugement sur la peinture de Gustave Moreau, parce qu’il défende cet artiste. Mais le tableau qui définit Huysmans dans À rebours est une création différente de l’original.

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